Cinquante Mozart à l’Académie

David Kadouch

Élève de Rouvier et de Bachkirov, invité par Barenboim, le pianiste David Kadouch est à 32 ans le plus jeune des trois complices de Philippe Jaroussky. Un musicien subtil plutôt que flamboyant, qui sait questionner la musique et construire au-delà des doutes.

Quels ont été les critères de sélection des Jeunes Talents ?

Le talent, l’enthousiasme du discours, et puis une certaine ouverture d’esprit. Bizarrement, on la ressent très vite, quelque chose qui serait de l’ordre du « ah on va pouvoir travailler ensemble… »

L’énergie semble circuler dans les deux sens…

J’ai beaucoup de chance avec les étudiants que j’ai sélectionnés  : ils réagissent d’une manière presque immédiate. Il faut s’imaginer ce que c’est pour eux  : pour la plupart, c’est leur métier, ils travaillent tout le temps, et ils accueillent mes conseils avec un tel enthousiasme, comme si c’était facile  ! L’énergie vient de là  : j’entends quelqu’un qui réagit, qui modifie son jeu, c’est comme dans une conversation, chacun entraîne l’autre. Et on peut donc sur cet élan aller encore plus loin, trouver de nouvelles idées.

Vous privilégiez le travail sur le concret, en usant très rarement de métaphores. Pour quelle raison ?

Barenboim m’avait dit une chose que j’avais adorée  : « Je ne cherche pas le métaphysique, mais si le métaphysique vient à moi, ce sera de lui-même ». Un phrasé musical est souvent une question d’organisation de la pensée. C’est la même chose pour un acteur travaillant son rôle, ou un politique son discours  : une question de rythme. Et le rythme, ce sont presque des maths ! Comment organiser le temps, l’espace entre les choses ? La métaphore peut parfois aider, en termes de son, comme lorsque sur l’Étude de Rachmaninov, je veux que le si bémol soit comme un pic à glace ! Mais il est plus important de se concentrer sur le concret. Quand l’élève rentre chez lui, si vous lui avez dit que tel phrasé est comme un coucher de soleil, je ne suis pas sûr qu’à la fin cela lui serve vraiment…

❝ Je crois en eux vraiment très fort, comme peut-être jamais je n’ai cru en moi. ❞

Que vous apporte cet enseignement à l’académie ?

Il est en train de se passer ici quelque chose de nouveau pour moi, une énergie complètement nouvelle. Le métier de soliste est très empirique  : jouer, se rendre compte de ce qui ne va pas, travailler dessus, travailler sur ses doutes. Je suis habitué à « m’enseigner » moi-même. Là, je me retrouve sur un tout autre terrain  : découvrir avec l’étudiant une partition que je ne connais pas forcément ; trouver une manière de l’aider. L’expérience est très positive  : je me trouve souvent très dur avec moi, alors qu’avec les autres j’ai une forme d’optimisme à propos de ce qu’ils sont capables de faire. J’entends le possible. C’est une attitude qui me fait du bien ! Elle me fait découvrir une partie de ma personnalité que je ne soupçonnais pas  : être négatif ne sert pas à grand-chose.