Archives pour la catégorie Spectacles

Counter Phrases

© THIERRY DE MEY

Nouvelle création de Counter Phrases, spectacle de correspondances entre musiques d’aujourd’hui et chorégraphies filmées1. Sous la direction de son directeur musical Laurent Cuniot, TM+ s’associe à l’Orchestre symphonique de Mulhouse et au trio de Ballaké Sissoko pour une aventure hors norme.

Les cho­ré­gra­phies d’Anne Tere­sa De Keers­mae­ker sont une matière en mou­ve­ment, elles aus­cultent les échanges entre le geste des corps et celui des musiques. Coun­ter Phrases, démarche com­mune entre­prise en 2003 avec le com­po­si­teur et cinéaste Thier­ry De Mey, repose sur une petite révo­lu­tion : inver­ser les rap­ports entre musique et danse, offrir aux com­po­si­teurs des cho­ré­gra­phies silen­cieuses pour les invi­ter – à rebours de siècles de tra­di­tion occi­den­tale – à « musi­quer » la danse.

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  1. Coun­ter Phrases, créa­tion 2016 à la Mai­son de la musique de Nan­terre, les 5 et 6 février. Puis à la Phil­har­mo­nie de Paris le 17 mai et à La Fila­ture de Mul­house le 24 juin 

On ne devrait jamais quitter Limoges

© BRIGITTE ENGUERAND

À Châteauvallon1, rencontre entre la jeunesse savante et la maturité fougueuse : Clément Hervieu-Léger et William Christie inventent un nouveau Monsieur de Pourceaugnac. Comme le disait un voisin de fauteuil : poilant !

Grands volumes ver­ti­caux vert-de-gris, façades d’immeubles pati­nées, nous sommes sans doute à Paris dans les années cin­quante, les années soixante – ce pour­rait tout aus­si bien être Ber­lin, ou Naples. Une grande ville naguère, une capi­tale vague­ment étran­gère, hos­tile peut-être aux pro­vin­ciaux qui d’aventure s’y aven­tu­re­raient. Les sil­houettes qui passent et repassent sont bien d’époque : Nérine, brune au sou­rire cra­quant, aurait sa place dans Mad Men ; Sbri­ga­ni, celle de de Niro chez Scor­sese. À l’angle d’un pignon, la troupe des musi­ciens s’est recons­ti­tuée autour d’un cla­ve­cin orné, copie d’une autre époque. Contraste : la musique et les chants, du Lul­ly pur sucre, n’ont rien de rock’n’roll – à la lettre s’entend, dans l’esprit c’est une autre affaire.

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  1. Mon­sieur de Pour­ceau­gnac, Châ­teau­val­lon, du 27 au 30 jan­vier 2016 

C’est un malheur du temps…

Philippe Girard (le roi Lear)
Le roi Lear (Phi­lippe Girard)

Olivier Py, acteur, auteur, chanteur, poète, traducteur, metteur en scène, bref homme de théâtre total, monte le Roi Lear de William Shakespeare.

La vision qu’il en offrait cet été au public du Fes­ti­val d’Avignon, dont il est le direc­teur, place le lan­gage au centre de tout, des illu­mi­na­tions comme des catas­trophes. Il y a quinze ans, dans l’Épître aux jeunes acteurs pour que soit ren­due la parole à la parole, Oli­vier Py écri­vait : « Un monde où les mots ne valent plus rien, ne valent plus les trois sous de salive humaine qui les portent, un monde où l’obsession du men­songe est sou­ve­raine est un monde de fous. » Conti­nuer la lec­ture de C’est un mal­heur du temps… 

En lumière sauvage, après


… cette tota­li­té en ruine… (2014), En lumière sau­vage (2015)  : deux pièces en miroir pour deux dan­seurs et trois per­cus­sion­nistes1. Com­po­si­tions de Pierre-Adrien Char­py, cho­ré­gra­phie de Cécile Guye, avec le HOP!trio et la com­pa­gnie Bou­ta­bou.


En lumière sauvage

Ils sont deux sur le plateau, à danser le tonnerre dans les ténèbres, à danser la violence des tumultes et la sensualité des corps… Non, il ne faudrait pas commencer comme cela.

Plutôt : ils sont deux sur le pla­teau, eux les dan­seurs – elle et lui – et eux les per­cus­sion­nistes – qui sont trois en plus ce qui finit par com­pli­quer la chose… Deux ensembles ensemble à s’écouter, se regar­der, se cher­cher se trou­ver se relâ­cher, à échan­ger des mou­ve­ments et des rup­tures, à dis­pa­raître dans l’ombre pour mieux ren­voyer l’autre dans la lumière. À prendre des coups, à fris­son­ner sous la caresse.

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  1. Pro­gramme don­né en créa­tion le 18 sep­tembre 2015 au théâtre Comoe­dia d’Aubagne 

L’âme numérique

Cinématique, Adrien MondotDans le spec­tacle vivant, il y a des moments où le spec­ta­teur sent que quelque chose bas­cule, quelque chose de radi­ca­le­ment nou­veau qui s’inventerait, là, sous ses yeux. Ces moments ne sont pas si nom­breux et l’irruption dans le pay­sage de la com­pa­gnie AM/CB – Adrien Mon­dot et Claire Bar­dainne – en fait par­tie. Lui vient des arts du cirque, à la fois jon­gleur et infor­ma­ti­cien ; elle est plas­ti­cienne et scé­no­graphe ; à eux deux, ils inventent de pro­jet en pro­jet un art étrange qui est bien d’aujourd’hui, où se mêlent l’impalpable des images et figures numé­riques et la réa­li­té du mou­ve­ment des corps. Chez eux, on danse avec des écharpes de l’étoffe des rêves, on surfe sur des océans d’ondes, on sème des alpha­bets vire­vol­tants comme d’autres des paillettes. Ce qui aurait pu appa­raître comme simple prouesse tech­no­lo­gique s’installe, grâce à l’imaginaire des deux artistes et à leur désir de ne jamais noyer le réel sous le vir­tuel. Alors que leur récente col­la­bo­ra­tion avec la com­pa­gnie Käfig de Mou­rad Mer­zou­ki, Pixel, est en tour­née, on peut éga­le­ment voir ou revoir l’une des pre­mières créa­tions d’Adrien Mon­dot : Ciné­ma­tique. Une par­ti­tion cho­ré­gra­phique pour un jon­gleur et une dan­seuse, où l’on nous invite à renouer avec notre part de rêve d’enfance et à bous­cu­ler les prin­cipes ration­nels de nos exis­tences modernes. His­toire d’aller voir un peu plus loin encore der­rière l’horizon, il faut aller visi­ter l’exposition XYZT, les pay­sages abs­traits, signée des mêmes créa­teurs1. Méfiez-vous, cette immer­sion rêveuse dans leur outre­monde pour­rait bien deve­nir addic­tive…


Paru dans HDS.mag n° 44, novembre-décembre 2015. 


  1. XYZT, les pay­sages abs­traits, Palais de la Décou­verte jusqu’au 3 jan­vier 2016