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C’est un mal­heur du temps…

Philippe Girard (le roi Lear)
Le roi Lear (Philippe Girard)

Olivier Py, ac­teur, au­teur, chan­teur, poè­te, tra­duc­teur, met­teur en scè­ne, bref hom­me de théâ­tre to­tal, mon­te le Roi Lear de William Shakespeare.

La vi­sion qu’il en of­frait cet été au pu­blic du Festival d’Avignon, dont il est le di­rec­teur, pla­ce le lan­ga­ge au cen­tre de tout, des illu­mi­na­tions com­me des ca­tas­tro­phes. Il y a quin­ze ans, dans l’Épître aux jeu­nes ac­teurs pour que soit ren­due la pa­ro­le à la pa­ro­le, Olivier Py écri­vait : « Un mon­de où les mots ne va­lent plus rien, ne va­lent plus les trois sous de sa­li­ve hu­mai­ne qui les por­tent, un mon­de où l’obsession du men­son­ge est sou­ve­rai­ne est un mon­de de fous. » Continuer la lec­tu­re de C’est un mal­heur du temps… 

En lu­miè­re sau­va­ge, après


… cet­te to­ta­li­té en rui­ne… (2014), En lu­miè­re sau­va­ge (2015)  : deux piè­ces en mi­roir pour deux dan­seurs et trois per­cus­sion­nis­tes1. Compositions de Pierre-Adrien Charpy, cho­ré­gra­phie de Cécile Guye, avec le HOP!trio et la com­pa­gnie Boutabou.


En lumière sauvage

Ils sont deux sur le pla­teau, à dan­ser le ton­ner­re dans les té­nè­bres, à dan­ser la vio­len­ce des tu­mul­tes et la sen­sua­li­té des corps… Non, il ne fau­drait pas com­men­cer com­me ce­la.

Plu­tôt : ils sont deux sur le pla­teau, eux les dan­seurs – el­le et lui – et eux les per­cus­sion­nis­tes – qui sont trois en plus ce qui fi­nit par com­pli­quer la cho­se… Deux en­sem­bles en­sem­ble à s’écouter, se re­gar­der, se cher­cher se trou­ver se re­lâ­cher, à échan­ger des mou­ve­ments et des rup­tu­res, à dis­pa­raî­tre dans l’ombre pour mieux ren­voyer l’autre dans la lu­miè­re. À pren­dre des coups, à fris­son­ner sous la ca­res­se.

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  1. Programme don­né en créa­tion le 18 sep­tem­bre 2015 au théâ­tre Comoedia d’Aubagne 

L’âme nu­mé­ri­que

Cinématique, Adrien MondotDans le spec­ta­cle vi­vant, il y a des mo­ments où le spec­ta­teur sent que quel­que cho­se bas­cu­le, quel­que cho­se de ra­di­ca­le­ment nou­veau qui s’inventerait, là, sous ses yeux. Ces mo­ments ne sont pas si nom­breux et l’irruption dans le pay­sa­ge de la com­pa­gnie AM/CB – Adrien Mondot et Claire Bardainne – en fait par­tie. Lui vient des arts du cir­que, à la fois jon­gleur et in­for­ma­ti­cien ; el­le est plas­ti­cien­ne et scé­no­gra­phe ; à eux deux, ils in­ven­tent de pro­jet en pro­jet un art étran­ge qui est bien d’aujourd’hui, où se mê­lent l’impalpable des ima­ges et fi­gu­res nu­mé­ri­ques et la réa­li­té du mou­ve­ment des corps. Chez eux, on dan­se avec des échar­pes de l’étoffe des rê­ves, on sur­fe sur des océans d’ondes, on sè­me des al­pha­bets vi­re­vol­tants com­me d’autres des paillet­tes. Ce qui au­rait pu ap­pa­raî­tre com­me sim­ple proues­se tech­no­lo­gi­que s’installe, grâ­ce à l’imaginaire des deux ar­tis­tes et à leur dé­sir de ne ja­mais noyer le réel sous le vir­tuel. Alors que leur ré­cen­te col­la­bo­ra­tion avec la com­pa­gnie Käfig de Mourad Merzouki, Pixel, est en tour­née, on peut éga­le­ment voir ou re­voir l’une des pre­miè­res créa­tions d’Adrien Mondot : Cinématique. Une par­ti­tion cho­ré­gra­phi­que pour un jon­gleur et une dan­seu­se, où l’on nous in­vi­te à re­nouer avec no­tre part de rê­ve d’enfance et à bous­cu­ler les prin­ci­pes ra­tion­nels de nos exis­ten­ces mo­der­nes. Histoire d’aller voir un peu plus loin en­co­re der­riè­re l’horizon, il faut al­ler vi­si­ter l’exposition XYZT, les pay­sa­ges abs­traits, si­gnée des mê­mes créa­teurs1. Méfiez-vous, cet­te im­mer­sion rê­veu­se dans leur ou­tre­mon­de pour­rait bien de­ve­nir ad­dic­ti­ve…


Paru dans HDS.mag n° 44, no­vem­bre-dé­cem­bre 2015. 


  1. XYZT, les pay­sa­ges abs­traits, Palais de la Découverte jusqu’au 3 jan­vier 2016 

Brad Mehldau, Keyboard Wizard

Brad Mehldau © MICHAEL WILSON

Velours rou­ge, le pia­nis­te Brad Mehldau était en so­lo à l’Espace-Malraux de Six-Fours1. Pas pour les ri­deaux de scè­ne ni cet­te élé­gan­te che­mi­se qui lui don­nait l’allure d’un mé­di­tant zen. Mais pour le ve­lours d’une mu­si­que sa­van­te, vir­tuo­se et sen­suel­le.

On lais­se­ra les spé­cia­lis­tes mieux qua­li­fiés dé­fi­nir le jeu Mehldau, équi­li­bre dit-on idéal en­tre le ver­ti­cal et l’horizontal – les ac­cords et les li­gnes, l’harmonie et les voix –, et le sou­ci clai­re­ment au­di­ble – et sur scè­ne vi­si­ble – de ne ja­mais pri­vi­lé­gier une main au dé­tri­ment de l’autre, au contrai­re, de les croi­ser, phy­si­que­ment, d’en fai­re ré­pon­se, écho, contre­point. On leur confie­ra éga­le­ment l’analyse du son, sou­vent per­cus­sif en dia­ble et qui ce soir-là était d’une sua­vi­té scin­tillan­te – peut-être après tout y avait-il aus­si de la soie dans ce rou­ge…

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  1. Brad Mehldau, Espace-Malraux, Six-Fours, mar­di 13 oc­to­bre 2015 

Dominique A, Éléor à Toulon

Dominique A en concert, 2015

Dominique A en quar­tet très ro­ck au Théâtre Liberté de Toulon1, sur une set­list qua­si par­fai­te, en­tre la ma­niè­re des cho­ses d’avant et la ma­tiè­re de cel­les d’aujourd’hui. Qui fe­rait un beau best of li­ve

Quand on a que l’amour… Dominique A n’a sans dou­te pas que ce­la en par­ta­ge – seule­ment, mê­me lorsqu’il s’agit de so­cio­lo­gie, d’histoire ou de po­li­ti­que, cha­cu­ne de ses chan­sons est aus­si en fi­li­gra­ne une his­toi­re d’amour. Or cha­cun sait de­puis bien avant les Rita Mitsouko que les his­toi­res d’amour fi­nis­sent mal, en gé­né­ral com­me en par­ti­cu­lier, si­non ce ne sont pas des his­toi­res. Et les his­toi­res, c’est la ma­tiè­re de Dominique A, il en a au­tant que de mu­si­que dans sa car­cas­se de co­los­se am­bi­gu chez qui le mas­cu­lin et le fé­mi­nin s’épousent jus­que dans la voix et dans la ges­tuel­le.

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  1. Théâtre Liberté de Toulon, jeu­di 8 oc­to­bre 2015, dans le ca­dre du fes­ti­val Rade Side Of The Moon