Archives pour la catégorie Arts

Points de vi­bra­tion

Séquence III, fusain sur papier, 240 x 114 cm, 2013
Séquence III, fu­sain sur pa­pier, 240 x 114 cm, 2013

Voi­ci un voya­ge gra­tuit qui mé­ri­te com­me on dit le dé­tour1. Car pour une fois, par­ler de l’univers du pein­tre Marie Lepetit n’est pas une fa­ci­li­té de lan­ga­ge : l’œuvre de cet­te ar­tis­te pa­tien­te, dis­crè­te et rayon­nan­te, évo­que as­sez le do­mai­ne des ga­laxies, des né­bu­leu­ses et de la ma­tiè­re noi­re. À moins que ce ne soit, de l’autre cô­té de l’abîme, ce­lui des ato­mes, des on­des et des par­ti­cu­les… Un uni­vers mi­cro ou ma­cro-ar­tis­ti­que dont el­le ex­plo­re et dé­ve­lop­pe la car­te et le ter­ri­toi­re avec les plus sim­ples des ou­tils, à la ma­niè­re un peu des ar­chi­tec­tes-bâ­tis­seurs de ja­dis : des équer­res et des gom­mes, des craies et des crayons, des li­gnes et des points. Le long de li­gnes éphé­mè­res et ap­pa­rem­ment aléa­toi­res tra­cées sur la sur­fa­ce, el­le re­pè­re des in­ter­sec­tions qu’elle mar­que à la mi­ne de plomb, à la pein­tu­re ou au poin­çon. Une fois les li­gnes ef­fa­cées ou pres­que, se consti­tuent ain­si, à me­su­re d’une cer­tai­ne ag­glu­ti­na­tion du re­gard, des zo­nes den­ses et des es­pa­ces de ver­ti­ge, du poids et des dés­équi­li­bres, des mou­ve­ments fi­gés et des échap­pa­toi­res pour l’imagination.

Marie Lepetit est ar­tis­te, el­le n’illustre ni la re­la­ti­vi­té gé­né­ra­le ni la mé­ca­ni­que quan­ti­que ; mais en nous li­vrant les es­pa­ces in­fi­nis de son uni­vers in­té­rieur, el­le a vi­te fait de nous bas­cu­ler vers d’autres di­men­sions pic­tu­ra­les, voi­re de nous en­voyer dans les su­per­cor­des…


Paru dans HDS.mag n° 38, no­vem­bre-dé­cem­bre 2014.


  1. Centre cultu­rel Max-Juclier de Villeneuve-la-Garenne jusqu’au 23 no­vem­bre 2014 

France-Chine 50

Dans le ca­dre des ma­ni­fes­ta­tions cultu­rel­les cé­lé­brant les cin­quan­te ans des re­la­tions di­plo­ma­ti­ques en­tre la France et la Chine, le Cube1 pré­sen­te le tra­vail d’une ar­tis­te sym­bo­li­que de la nou­vel­le mo­der­ni­té chi­noi­se : Yi Zhou.

Unexpected Hero
Unexpected Hero

Née en 1978 à Shanghai, ayant vé­cu à Rome en­fant, di­plô­mée en scien­ces po­li­ti­ques et éco­no­mi­ques à Londres et Paris, Yi Zhou a choi­si la voie ar­tis­ti­que sans re­non­cer à sa cultu­re éco­no­mi­que. Artiste mul­ti­mé­dia, no­tam­ment vir­tuo­se de l’animation 3D, el­le pro­fi­te de l’ubiquité of­fer­te par no­tre épo­que pour na­vi­guer en­tre ses stu­dios amé­ri­cains, eu­ro­péens et chi­nois. Familière des ex­po­si­tions d’art contem­po­rain, el­le est aus­si di­rec­tri­ce ar­tis­ti­que pour des mar­ques de cou­tu­re et de joaille­rie oc­ci­den­ta­les, ain­si que conseillè­re pour le YouTube et le Twitter chi­nois.

Dans son uni­vers d’artiste mul­ti­mé­dia, les fron­tiè­res sont mou­van­tes. Il y a des ponts en­tre l’Occident et l’Orient, le luxe et le beau se ser­vent l’un l’autre, les mu­si­ciens et les stars gra­vi­tent com­me des élec­trons li­bres au­tour de son ima­gi­nai­re : Air, Pharrel William, Charlotte Gainsbourg, Ennio Morricone ou Diane von Fürstenberg… Rompant dé­fi­ni­ti­ve­ment avec la vieille ima­ge de l’artiste mau­dit, Yi Zhou – et au de­là de tou­te ques­tion de sty­le – pour­rait évo­quer une sor­te d’Andy Warhol mon­dia­li­sée, qui ne fe­rait au­cu­ne dif­fé­ren­ce en­tre créa­tion et pro­duit, réunis­sant au­tour d’elle un cer­cle de fi­dè­les – ga­le­ris­tes poin­tus, mem­bres de la jet set, in­tel­los bran­chés et pa­trons co­tés en bour­se. Cette ex­po­si­tion est donc l’occasion d’ouvrir ce cer­cle à tous – ce qui consti­tue en soi un ac­te par­fai­te­ment « wa­rho­lien ».


Paru dans HDS.mag n° 37, sep­tem­bre-oc­to­bre 2014.


  1. Centre de créa­tion nu­mé­ri­que, Issy-les-Moulineaux, du 27 sep­tem­bre 2014 au 10 jan­vier 2015 

De grès et de chair

WvZ0253 - S
WvZ0253 – S, grès émaillé.

Sèvres – Cité de la cé­ra­mi­que, en­ti­té réunis­sant de­puis 2010 la ma­nu­fac­tu­re et le mu­sée, ac­com­plit la proues­se ra­re de fon­dre la plus an­cien­ne des pra­ti­ques avec la plus poin­tue des mo­der­ni­tés. Parce que l’histoire de la cé­ra­mi­que, dans les sal­les du mu­sée ou dans les fours de la ma­nu­fac­tu­re, est une his­toi­re qui se ra­con­te jour après jour, avec le sou­tien des gran­des ga­le­ries d’art et l’engagement des ar­tis­tes contem­po­rains qui vien­nent ici bé­né­fi­cier d’un sa­voir-fai­re in­com­pa­ra­ble.

Aujourd’hui1, l’honneur de fai­re cet­te his­toi­re re­vient à Elmar Trenkwalder, plas­ti­cien au­tri­chien en ré­si­den­ce à la Cité de­puis 2012. L’artiste dis­si­mu­le der­riè­re une ap­pa­ren­ce vo­lon­tiers aus­tè­re des mon­des in­té­rieurs pro­li­fé­rants. Ses œu­vres évo­quent au pre­mier re­gard les li­gnes de l’architecture : tem­ples asia­ti­ques, pi­liers de ca­thé­dra­le, stal­les ba­ro­ques. Et puis l’œil s’en vient fouiller le dé­tail des or­ne­ments. Leurs for­mes sont com­me en fu­sion, gla­cées d’émaux aux cou­leurs im­pos­si­bles ; el­les mê­lent corps, chairs, sexes mas­cu­lins et fé­mi­nins jusqu’au ver­ti­ge et à la per­te de soi. Immémoriale, son ins­pi­ra­tion pul­lu­lan­te est éga­le­ment bien de no­tre épo­que, un peu com­me le se­rait la ren­con­tre dans une ma­nu­fac­tu­re de cé­ra­mi­que des bas-re­liefs d’Angkor et de la créa­tu­re d’Alien. De quoi lais­ser li­bre cours à la vir­tuo­si­té des ate­liers de pro­duc­tion et du la­bo­ra­toi­re des émaux de la ma­nu­fac­tu­re.


Paru dans HDS.mag n° 37, sep­tem­bre-oc­to­bre 2014.


  1. Sèvres – Cité de la cé­ra­mi­que, jusqu’au 27 oc­to­bre 2014 

Nocturne cos­mi­que

Angelika MarkulPar la grâ­ce d’Angelika Markul, la Maison des arts de Malakoff nous fait vi­vre, De la ter­re jusqu’au ciel, une ex­pé­rien­ce éco­lo­gi­que au sens fort1.

Il fait nuit. En bas, une car­te aux re­liefs va­gue­ment in­quié­tants nous in­vi­te à un voya­ge in­té­rieur. En haut, la vi­déo d’un ciel tra­ver­sé d’étoiles et de corps cé­les­tes en mou­ve­ment. Entre les deux, une li­gne de mon­ta­gnes, com­me un ho­ri­zon im­pos­si­ble.

Sculpture, ins­tal­la­tion ou vi­déo, cha­que œu­vre d’Angelika Markul n’est ni tout à fait la mê­me ni tout à fait une au­tre : la na­tu­re est bles­sée mais se ré­gé­nè­re, l’homme lais­se des tra­ces qui s’effacent, on res­sent phy­si­que­ment no­tre fra­gi­li­té et l’immensité des for­ces qui nous en­vi­ron­nent. Ici, nous som­mes à la fois mi­nus­cu­les dans l’univers et sou­dain plus vi­vants de­vant une œu­vre d’art qui, à dé­faut de nous ren­dre plus sa­ges, pour­rait peut-être ques­tion­ner no­tre ar­ro­gan­ce.


Paru dans HDS.mag n° 37, sep­tem­bre-oc­to­bre 2014.


  1. Maison des arts de Malakoff, du 20 sep­tem­bre au 16 no­vem­bre 2014 

Yves Calmejane, le pein­tre du de­hors

Calméjane
La cou­lée do­rée, hui­le sur toi­le, 73 x 60 cm (Auvergne, oc­to­bre 2013)

On di­sait au­tre­fois des pein­tres qui pre­naient le che­min, dres­saient le che­va­let dans le caillou et ba­taillaient à la bros­se avec l’infini du pay­sa­ge, qu’ils pei­gnaient sur le mo­tif. Et la for­mu­le dé­jà sug­gé­rait qu’il s’agit d’un pré­tex­te ou d’une in­vi­ta­tion à pein­dre non le pay­sa­ge – quel­le am­bi­tion ! – mais un ta­bleau de pay­sa­ge.

Peintre sur le mo­tif, pein­tre in si­tu si l’on se ré­fè­re à la géo­gra­phie, pein­tre de che­va­let si l’on en vient au ma­té­riel : Yves Calméjane est tout ça ; mieux, c’est un pein­tre du de­hors.

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