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Ypokosmos

© CLAIRE MACEL
Laurent Cuniot & Alexandros Markeas

Ypo­kos­mos, ora­to­rio des bas-fonds : la Grèce d’aujourd’hui don­ne le blues à Alexandros Markeas. Un blues es­sen­tiel­le­ment grec : le re­be­ti­ko, mu­si­que de traî­ne-pa­tins qui sent la ta­ver­ne, le ma­zout et le mau­vais ta­bac. Né dans les an­nées vingt de l’autre siè­cle – an­nées de mi­sè­re, de mi­grants et de men­diants qui chan­taient en cre­vant de faim – il sert de point de dé­part à cet­te piè­ce de no­tre siè­cle, hé­las, du siè­cle de cet­te Grèce rui­née qui fut ja­dis no­tre ci­té et dont des pans en­tiers s’écroulent.

Ypokosmos est un la­by­rin­the où l’on s’étourdit dans la pé­nom­bre du pres­que rien et les ryth­mi­ques de plein so­leil. Car l’homme est mi­sé­ra­ble, la vil­le un égout, mais il res­te cet­te poé­sie de rien pour gens de peu qui fait re­dres­ser la tê­te dans la fu­mée conso­lan­te et les al­cools de mi­sé­ri­cor­de. Accentuant le dés­équi­li­bre par leurs ac­cords dé­ca­lés, bou­zou­kis et saz son­nent com­me au­tant de glas et de ver­res bri­sés. Avec les chœurs aux tim­bres éven­tés, les chants cas­sés par l’ivresse ou le déses­poir, c’est le souf­fle des voix en souf­fran­ce qu’on en­tend, à plei­ne puis­san­ce mal­gré leur im­puis­san­ce, dans cet épous­tou­flant re­quiem fu­rieux, ly­ri­que et so­cial.


Brochure TM+ sai­son 2014-2015.

Citoyenne in­so­len­te


Programme du concert :
Georges Aperghis : La nuit en tê­te (2000) pour so­pra­no, flû­te, cla­ri­net­te, vio­lon, vio­lon­cel­le, pia­no et per­cus­sions. Alexandros Markeas : Trois clins d’œil ryth­més (2006) pour cla­ri­net­te et élec­tro­ni­que. Thomas Adès : Catch (1991) pour cla­ri­net­te, pia­no, vio­lon et vio­lon­cel­le. Laurent Cuniot : Prélude dé­me­su­ré (2012) pour vio­lon et cla­ri­net­te. Alexandros Markeas : Citoyenne in­so­len­te (créa­tion 2014) pour so­pra­no, flû­te, cla­ri­net­te, vio­lon, vio­lon­cel­le, pia­no et per­cus­sions.


La créa­tion n’est pas un long fleu­ve tran­quille. Mais un confluent plu­tôt agi­té où se dé­ver­sent, par­fois ve­nues du plus loin de no­tre his­toi­re et par­fois sur­gies d’on ne sait où, beau­coup d’audaces qui écla­bous­sent.

Une gé­né­ra­tion sé­pa­re Georges Aperghis et Alexandros Markeas. Grecs ar­ri­vés à Paris à 20 ans, en­ga­gés tous les deux dans le mon­de mais de fa­çon dif­fé­ren­te, leur ren­con­tre est un peu cel­le de ce­lui qui croyait aux ra­ci­nes et ce­lui qui n’y croyait pas…

La Nuit en tê­te de Georges Aperghis, ce sont des mor­ceaux de noc­tur­nes ob­sé­dants, une voix en­tê­tan­te dans une par­ti­tion de nuit où les mi­cro-in­ter­val­les fu­sent com­me des lueurs à pei­ne sai­sis­sa­bles. On y voya­ge dans le té­nu, le ba­bille­ment, la pro­li­fé­ra­tion, quel­que part où les cho­ses sont aus­si so­li­des que des sa­bles mou­vants, aus­si sta­bles qu’un éclat de lu­ne sur une eau noi­re.

Une nuit d’un au­tre gen­re tom­be sur no­tre siè­cle, qui n’a plus beau­coup de sens et se cher­che une voix. La Citoyenne in­so­len­te d’Alexandros Markeas s’appuie sur d’anciens hé­ri­ta­ges pour af­fron­ter de­bout l’avenir qu’on lui re­fu­se et les nuits sans fin qu’on lui pro­met. Continuer la lec­tu­re de Citoyenne in­so­len­te