Ypokosmos

© CLAIRE MACEL
Laurent Cuniot & Alexan­dros Mar­keas

Ypokos­mos, ora­to­rio des bas-fonds : la Grèce d’aujourd’hui donne le blues à Alexan­dros Mar­keas. Un blues essen­tiel­le­ment grec : le rebe­ti­ko, musique de traîne-patins qui sent la taverne, le mazout et le mau­vais tabac. Né dans les années vingt de l’autre siècle – années de misère, de migrants et de men­diants qui chan­taient en cre­vant de faim – il sert de point de départ à cette pièce de notre siècle, hélas, du siècle de cette Grèce rui­née qui fut jadis notre cité et dont des pans entiers s’écroulent.

Ypo­kos­mos est un laby­rinthe où l’on s’étourdit dans la pénombre du presque rien et les ryth­miques de plein soleil. Car l’homme est misé­rable, la ville un égout, mais il reste cette poé­sie de rien pour gens de peu qui fait redres­ser la tête dans la fumée conso­lante et les alcools de misé­ri­corde. Accen­tuant le dés­équi­libre par leurs accords déca­lés, bou­zou­kis et saz sonnent comme autant de glas et de verres bri­sés. Avec les chœurs aux timbres éven­tés, les chants cas­sés par l’ivresse ou le déses­poir, c’est le souffle des voix en souf­france qu’on entend, à pleine puis­sance mal­gré leur impuis­sance, dans cet épous­tou­flant requiem furieux, lyrique et social.


Bro­chure TM+ sai­son 2014–2015.