L’âme numérique

Cinématique, Adrien MondotDans le spec­tacle vivant, il y a des moments où le spec­ta­teur sent que quelque chose bas­cule, quelque chose de radi­ca­le­ment nou­veau qui s’inventerait, là, sous ses yeux. Ces moments ne sont pas si nom­breux et l’irruption dans le pay­sage de la com­pa­gnie AM/CB – Adrien Mon­dot et Claire Bar­dainne – en fait par­tie. Lui vient des arts du cirque, à la fois jon­gleur et infor­ma­ti­cien ; elle est plas­ti­cienne et scé­no­graphe ; à eux deux, ils inventent de pro­jet en pro­jet un art étrange qui est bien d’aujourd’hui, où se mêlent l’impalpable des images et figures numé­riques et la réa­li­té du mou­ve­ment des corps. Chez eux, on danse avec des écharpes de l’étoffe des rêves, on surfe sur des océans d’ondes, on sème des alpha­bets vire­vol­tants comme d’autres des paillettes. Ce qui aurait pu appa­raître comme simple prouesse tech­no­lo­gique s’installe, grâce à l’imaginaire des deux artistes et à leur désir de ne jamais noyer le réel sous le vir­tuel. Alors que leur récente col­la­bo­ra­tion avec la com­pa­gnie Käfig de Mou­rad Mer­zou­ki, Pixel, est en tour­née, on peut éga­le­ment voir ou revoir l’une des pre­mières créa­tions d’Adrien Mon­dot : Ciné­ma­tique. Une par­ti­tion cho­ré­gra­phique pour un jon­gleur et une dan­seuse, où l’on nous invite à renouer avec notre part de rêve d’enfance et à bous­cu­ler les prin­cipes ration­nels de nos exis­tences modernes. His­toire d’aller voir un peu plus loin encore der­rière l’horizon, il faut aller visi­ter l’exposition XYZT, les pay­sages abs­traits, signée des mêmes créa­teurs1. Méfiez-vous, cette immer­sion rêveuse dans leur outre­monde pour­rait bien deve­nir addic­tive…


Paru dans HDS.mag n° 44, novembre-décembre 2015. 


  1. XYZT, les pay­sages abs­traits, Palais de la Décou­verte jusqu’au 3 jan­vier 2016