Archives du mot-clé Adrien Mondot / Claire Bardainne

L’âme nu­mé­ri­que

Cinématique, Adrien MondotDans le spec­ta­cle vi­vant, il y a des mo­ments où le spec­ta­teur sent que quel­que cho­se bas­cu­le, quel­que cho­se de ra­di­ca­le­ment nou­veau qui s’inventerait, là, sous ses yeux. Ces mo­ments ne sont pas si nom­breux et l’irruption dans le pay­sa­ge de la com­pa­gnie AM/CB – Adrien Mondot et Claire Bardainne – en fait par­tie. Lui vient des arts du cir­que, à la fois jon­gleur et in­for­ma­ti­cien ; el­le est plas­ti­cien­ne et scé­no­gra­phe ; à eux deux, ils in­ven­tent de pro­jet en pro­jet un art étran­ge qui est bien d’aujourd’hui, où se mê­lent l’impalpable des ima­ges et fi­gu­res nu­mé­ri­ques et la réa­li­té du mou­ve­ment des corps. Chez eux, on dan­se avec des échar­pes de l’étoffe des rê­ves, on sur­fe sur des océans d’ondes, on sè­me des al­pha­bets vi­re­vol­tants com­me d’autres des paillet­tes. Ce qui au­rait pu ap­pa­raî­tre com­me sim­ple proues­se tech­no­lo­gi­que s’installe, grâ­ce à l’imaginaire des deux ar­tis­tes et à leur dé­sir de ne ja­mais noyer le réel sous le vir­tuel. Alors que leur ré­cen­te col­la­bo­ra­tion avec la com­pa­gnie Käfig de Mourad Merzouki, Pixel, est en tour­née, on peut éga­le­ment voir ou re­voir l’une des pre­miè­res créa­tions d’Adrien Mondot : Cinématique. Une par­ti­tion cho­ré­gra­phi­que pour un jon­gleur et une dan­seu­se, où l’on nous in­vi­te à re­nouer avec no­tre part de rê­ve d’enfance et à bous­cu­ler les prin­ci­pes ra­tion­nels de nos exis­ten­ces mo­der­nes. Histoire d’aller voir un peu plus loin en­co­re der­riè­re l’horizon, il faut al­ler vi­si­ter l’exposition XYZT, les pay­sa­ges abs­traits, si­gnée des mê­mes créa­teurs1. Méfiez-vous, cet­te im­mer­sion rê­veu­se dans leur ou­tre­mon­de pour­rait bien de­ve­nir ad­dic­ti­ve…


Paru dans HDS.mag n° 44, no­vem­bre-dé­cem­bre 2015. 


  1. XYZT, les pay­sa­ges abs­traits, Palais de la Découverte jusqu’au 3 jan­vier 2016 

Beaucoup de bruit pour cinq !

© DAVID SIEBERTPour qui se de­man­de­rait ce qu’est un spec­ta­cle grand pu­blic, le Grand fra­cas is­su de rien ima­gi­né par Pierre Guillois1 ap­por­te une ré­pon­se joyeu­se qui fe­ra tai­re les fâ­cheux. Ceux pour qui la ba­lan­ce en­tre le di­ver­tis­se­ment et l’intelligence n’est ja­mais équi­li­brée. Avec ce ca­ba­ret qui s’annonce lui-mê­me spec­tral – non pas tant qu’il y rè­gne le froid des fan­tô­mes, mais bien pour cau­ses com­mu­nes de spec­ta­cu­lai­re et de théâ­tral – on ne ris­que de dé­ce­voir per­son­ne. Puisqu’on a je­té la ba­lan­ce, l’équilibre in­sta­ble re­vient aux ar­tis­tes sur la scè­ne : une so­pra­no, un co­mé­dien, un gym­nas­te, un jon­gleur, un per­cus­sion­nis­te. Un peu com­me les cinq doigts d’une main qui fe­rait un pied de nez. Si l’on veut des ga­ges d’intelligence, il y a les « bouf­fon­ne­ries ver­ba­les » écri­tes par Valère Novarina, et des mor­ceaux de Purcell, Gounod ou Bernstein. À tra­vers les pay­sa­ges nu­mé­ri­ques d’Adrien Mondot et Claire Bardainne, nous voi­là em­bar­qués dans un cir­que où le ri­re com­me le beau se té­les­co­pent sans pré­séan­ce.


Paru dans HDS.mag n° 39, jan­vier-fé­vrier 2015.


  1. Théâtre 71 de Malakoff du 3 au 12 fé­vrier 2015 

Électrons li­bres

Pixel, Mourad Merzouki (compagnie Käfig), Adrien Mondot / Claire BardainnePixel : on n’échappera dé­sor­mais plus, dans les arts d’aujourd’hui, à ce pe­tit mot qui tra­ver­se en élec­tron li­bre l’imaginaire des créa­teurs, mê­me les plus phy­si­ques. Et il n’y a pas plus phy­si­que que Mourad Merzouki, le cho­ré­gra­phe de la com­pa­gnie Käfig, em­blè­me du hip-hop contem­po­rain, ex­plo­ra­teur du mou­ve­ment des corps, re­met­tant en jeu à cha­que créa­tion ce qu’il sait de la dan­se, de ses cultu­res et de ses contrain­tes. Et voi­là donc Pixel, créa­tion 2014, nou­veau dia­lo­gue ver­ti­gi­neux et ju­bi­la­toi­re en­tre les corps des dan­seurs et l’espace im­pal­pa­ble d’Adrien Mondot et Claire Bardainne. Ce sont les mê­mes qui si­gnent les pro­jec­tions nu­mé­ri­ques du Grand fra­cas is­su de rien de Pierre Guillois, créa­tion 2015. On se dou­tait bien qu’on n’avait pas fi­ni de par­ler d’eux. Leurs uni­vers sont pro­di­gieux : ici, les mou­ve­ments sont sans li­mi­tes, la ma­tiè­re dif­fu­se, les di­men­sions in­nom­bra­bles, les let­tres sont par­ti­cu­les et la géo­mé­trie un ri­re de lu­miè­re. La « ques­tion » de l’art nu­mé­ri­que ne se po­se plus : en dia­lo­guant avec la dan­se char­nel­le de Mourad Merzouki, il s’impose. Il ne lui man­que plus que de bap­ti­ser sa pro­pre mu­se : Pixel se­rait un bon choix.


Paru dans HDS.mag n° 39, jan­vier-fé­vrier 2015.