La soie et les marées

Marée 5, 2014
Marée 5, 2014, acry­lique sur soie, 140 x 140 cm

Je me sou­viens aujourd’hui de la grande Marée 5, vue la pre­mière fois accro­chée au mur blanc de l’atelier, voi­si­nant avec l’étagère à pig­ments, on aurait dit une cas­cade d’arc-en-ciel. Sous les yeux, long­temps, c’est ain­si qu’on devrait tou­jours regar­der la pein­ture : l’aborder, s’y arrê­ter, y des­cendre ou y voler, c’est selon nos pen­chants ; lâcher petit à petit tout ce qui nous encombre, s’ancrer, s’y abo­lir ou y dan­ser, c’est encore selon.

Quand elle peint, Raphaëlle Pia gîte en per­ma­nence sur la houle du temps. Entre la mémoire de ce qu’elle a vu, enten­du, res­sen­ti là-bas, sou­ve­nir de l’énergie et de la cou­leur de ce qui la tra­vaillait au dedans à ce moment-là ; et l’architecture de ce qu’elle met en place main­te­nant sur la sur­face de sa toile, les rythmes, les masses, les contrastes, ce qu’elle invente ici, avec ce que cela com­porte d’emballements, de résis­tance, de renon­ce­ments et d’accidents, qui tra­vaillent le ventre de la même manière.

Faire une pein­ture, c’est peut-être navi­guer bipo­laire entre ces deux moments. La réus­sir, nous embar­quer pour un voyage simi­laire, nous ame­ner à lire d’amer en amer nos errances inté­rieures jusqu’à rele­ver le même filet, nous conduire vers des émo­tions paral­lèles, entre l’exact main­te­nant et cet autre­fois dif­fus qu’on a peut-être connu, du moins rêvé.

C’est nous empor­ter sur les marées du temps.


Cata­logue d’exposition : Raphaëlle Pia, Dans les marées du temps, Musée Opale-Sud, Berck-sur-Mer, du 11 avril au 14 sep­tembre 2015.