La soie et les marées

Écouter la peinture

Georges Dilly, le conser­va­teur du musée Opale Sud – encore une mai­son des marées – entend « les notes de Debus­sy et de Ravel » dans les pein­tures qu’il accueille aujourd’hui. Ce doit être le tro­pisme mari­time : le pre­mier ache­vait la com­po­si­tion de La Mer sur la côte juste en face, et le second s’est essayé à l’aventure trans­at­lan­tique. Or Debus­sy et Ravel, ce n’est pas rien pour une peintre habi­tée de musique. Alors si, jus­te­ment, à l’écoute de ses Marées du temps, on pous­sait les cor­res­pon­dances un peu plus loin ?

Vers les Solos pour orchestre de Dusa­pin ? Au nom de cer­taines paren­tés d’écriture, le voca­bu­laire concen­tré, l’économie de syn­taxe, l’éclat de la phrase. Ça, ce serait la belle aven­ture contem­po­raine, ce qu’il faut de nova­tion, sans table rase ni mani­feste, et ce qu’il se doit d’union libre avec l’histoire !

Ou bien prendre le large avec Sibe­lius ? Lui, dans sa Fin­lande de lacs et de bois, c’était les cygnes et les ber­naches ; ici, on serait plu­tôt dans le sillage des oiseaux de mer, mouettes blanches et cor­mo­rans noirs. Pas for­cé­ment sa Qua­trième sym­pho­nie, dont la noir­ceur caver­neuse n’irait pas bien à la côte d’Opale. Disons la Sep­tième, pour la moder­ni­té qui n’en fait pas trop, d’un seul mou­ve­ment, d’une écla­bous­sure.

Raphaëlle Pia, Marée 7, 2014
Marée 7, 2014, acry­lique sur soie, 140 x 140 cm

Encore que la noir­ceur ne soit pas une gros­siè­re­té, il faut bien de temps en temps se col­le­ter avec… Une pein­ture d’eau, de vent et de lumière n’est pas une mignar­dise. Regar­dons la laisse de pig­ment amas­sé contre quoi la vague déroule du blanc, la pesan­teur de nuages noyant l’horizon, les flaques d’encre qui sentent fort quand le soleil les chauffe. Regar­dons ces pein­tures comme on devrait regar­der les pay­sages pour ce qu’ils sont, mul­tiples, com­plexes. Du gris sale aux bleus opa­les­cents, sans a prio­ri ni états d’âme, avant que les nôtres y vaguent et divaguent et les colorent.