Histoires na­tu­rel­les

La Maison des arts de Châtillon nous en­traî­ne avec la pho­to­gra­phe Magali Lambert dans un étran­ge voya­ge sur la fron­tiè­re en­tre l’imaginaire et le réel.1

Eres una maravilla
Eres una ma­ra­villa

Beau­coup de pho­to­gra­phies – somp­tueu­ses – pré­sen­tées à la fa­çon des boî­tes à in­sec­tes des ca­bi­nets de cu­rio­si­tés : on y voit des ébou­rif­fa­ges de plu­mes dans une ca­ge ca­de­nas­sée, une ma­chi­ne à écri­re no­tre na­tu­re in­té­rieu­re sur une feuille d’arbre… Ou bien des re­flets d’échappées bel­les dans des pay­sa­ges verts. Quelques ins­tal­la­tions aus­si, fai­tes d’os et de fi­gu­ri­nes. L’univers de la jeu­ne Magali Lambert est com­po­sé d’une mul­ti­tu­de d’archipels dont la géo­gra­phie nous échap­pe et qui sont pour­tant in­ten­sé­ment fa­mi­liers. Qu’ils soient noc­tur­nes ou voi­lés de lu­miè­re, ce sont nos mon­des de l’autre cô­té. Et cha­que œu­vre est une ten­ta­tion : cel­le de re­trou­ver en nous ces mer­veilles ma­gi­ques qui sur­gis­sent, évi­den­tes, dans nos rê­ves et dont nous ne sa­vons pas conser­ver l’enchantement une fois re­ve­nus au royau­me dé­ce­vant du réel ; cel­le par­fois de se lais­ser en­traî­ner dans cer­tains de ces gouf­fres pour al­ler voir de l’autre cô­té si l’on y est.

Que le tra­vail de cet­te « ou­vriè­re du son­ge qui opè­re au grand jour » – pour re­pren­dre une ex­pres­sion du très beau tex­te que Thibault Marthouret lui consa­cre – soit es­sen­tiel­le­ment consti­tué de pho­to­gra­phies, art du vrai s’il en est, ren­for­ce le trou­ble. Jamais mor­bi­des, par­fois dé­ran­gean­tes, tou­jours ex­ci­tan­tes, ces Histoires na­tu­rel­les ou­vrent une pa­ren­thè­se mys­té­rieu­se qu’on n’a pas en­vie de re­fer­mer com­plè­te­ment.


Paru dans HDS.mag n° 38, no­vem­bre-dé­cem­bre 2014.


  1. Magali Lambert, du 4 no­vem­bre au 7 dé­cem­bre 2014