En lu­miè­re sau­va­ge, après

Caroline Richaud et Fabio Bello
… cette totalité en ruine… répétition au noir

Contact entre deux, soi et l’autre, contact des doigts sur la peau, des poings dans les os, on connaît l’histoire, c’est l’histoire de la vie, elle fait du bien elle fait du mal. On la regarde bouger, on l’entend sonner, contact de la main à plat sur la peau des instruments, contact du bois sur le métal, du marteau frappant la caisse de résonnance. L’infinie gradation entre la caresse et le coup, voilà l’affaire de cette double pièce dansée. Voilà pour nous, spectateurs, la première intention du spectacle, comme les danseurs l’ont voulu, travaillé, dans la liberté d’invention et la rigueur des rythmes, dans l’épuisement des muscles jusqu’à l’ivresse.

Contact comme celui – étincelles comprises – qui résulte de la confrontation entre les deux pièces. Plus de noir et d’enfermement sans doute pour … cette totalité en ruine…, enclose dans la bulle autour de ce fauteuil « explicite » – comme on appose de nos jours la mention sur ce qui déborde du lit de la pudibonderie admise. Plus de blanc et de folie débridée en lumière sauvage, ouverte sur tout l’espace du plateau, où s’échangent les contacts entre ceux qui dansent et ceux qui jouent, entre ce qui est très écrit et ce qui est très libre, et d’autant plus ouverte et débridée qu’on la reçoit au miroir de celle qui l’a précédée.

Contact aussi des cultures et des modes de jeu qui ne cessent de monter et de refluer à la marée des percussions, ici l’Afrique des tambours, là le gamelan indonésien, ici la furie d’un chorus jazz-rock, là le chant rythmique des tablistes indiens. Et l’on croirait parfois entendre les motifs discrets d’une électroacoustique unplugged faite à la main…

Tout cela est bien sérieux mais le serait trop s’il n’y avait l’humour et la joie – on le sait, le rire est la kermesse des sans espoir, ou quelque chose comme ça… Il y a du sourire dans ce programme, et du décalage, c’est la marque de fabrique de ces artistes-là et le matériau dansé – cette main baladeuse, cette pichenette moqueuse – emprunte parfois de sa légèreté au contrechamp ludique des répétitions.

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