Cosmos 1969

Quelques mots de…

Chloé Moglia Cosmos 1969 © PATRICK BERGER

Chloé Moglia

écriture aérienne et courbe suspendue

— Com­ment Thier­ry Balasse vous a-t-il pré­sen­té le pro­jet Cos­mos 1969 ?

Il m’a par­lé du ciel, de la lune, et il m’a dit qu’Armstrong était une femme. À par­tir de là, c’était lim­pide…

— Vous êtes Neil Arm­strong ?

Disons que j’incarne une image d’Armstrong sur ma ligne sus­pen­due. C’est une affaire de gra­vi­té dans un autre espace-temps. Le son tra­vaille et modi­fie l’espace, donc le che­min est à chaque fois dif­fé­rent. La scé­no­gra­phie repose éga­le­ment beau­coup sur la lumière, les tex­tures, les matières pro­je­tées, aucune image figu­ra­tive. Quelque chose de très mobile, comme un orga­nisme vivant.

— Com­ment défi­ni­riez-vous ce que vous faites dans ce spec­tacle ?

J’ai été tra­pé­ziste mais je ne le suis plus : je ne vou­lais plus être une acro­bate avec quelques figures, exclu­si­ve­ment concen­trée sur ses gestes, ne regar­dant que ses pieds, ses mains, là où il faut les poser. Aujourd’hui, je me sens beau­coup plus gib­bon que tra­pé­ziste ! Eux sont atten­tifs au monde qui les entoure, leurs mains se posent là où il le faut, sans y pen­ser, l’effort ne les affecte pas. Là haut, sus­pen­due, je regarde la scène, les musi­ciens, peut-être un peu comme Arm­strong regar­dait la Terre. La cla­vié­riste navigue sur des stries de blanc et de noir, le bat­teur évo­lue dans un monde cir­cu­laire. Je ne crée rien, je suis pré­sente, atten­tive, j’observe, je savoure et… ça crée !

— Comme une sorte de médi­ta­tion ?

Oui. Les taoïstes disent que si l’on médite exclu­si­ve­ment dans la tran­quilli­té, cou­pé du monde et des émo­tions, on devient stu­pide. Et si l’on est exclu­si­ve­ment dans la luci­di­té, on devient fou. La sagesse est entre les deux, et mon tra­vail aus­si. C’est comme être avec un ser­pent dans une pièce sans savoir exac­te­ment où il se trouve… Pas besoin de s’affoler, mais il faut res­ter vigi­lant, à l’écoute. Le ser­pent dans la pièce, c’est toute l’affaire de notre condi­tion, et celle d’Armstrong.