Cosmos 1969

Cosmos 1969 © PATRICK BERGER
Élise Blan­chard, Éric Gro­leau, Éric Loh­rer, Éli­sa­beth Gil­ly, Chloé Moglia, Cécile Mai­son­haute

Une mémoire sonore, des émotions physiques

En 2012, à la Mai­son de la musique de Nan­terre, Thier­ry Balasse et sa com­pa­gnie Inouïe créaient La Face cachée de la Lune, un spec­tacle-concert autour de l’album Dark Side of the Moon des Pink Floyd, inté­gra­le­ment réin­ter­pré­té sur scène. En 2018, avec Cos­mos 1969, Thier­ry Balasse s’intéresse à la mis­sion Apol­lo XI, au pre­mier pas d’Armstrong sur la Lune. Mais à sa manière, c’est-à-dire ailleurs et autre­ment. Pas de récit didac­tique, pas d’images d’archive, à peine quelques voix d’époque – mais une mémoire sonore, des émo­tions phy­siques, un peu quan­tiques et très bou­le­ver­santes.

Ground control to Major Tom”
(Space Oddity, David Bowie)

Là haut, en com­bi­nai­son de vol et bon­net “Snoo­py”, Arm­strong s’élève, enroule, déroule son corps le long d’une orbite ima­gi­naire vers la Lune. Ses mou­ve­ments sont ralen­tis, déliés, comme en ape­san­teur mal­gré la gra­vi­té qui d’ordinaire nous plombe. Mais lui – ou plu­tôt elle car Arm­strong est une femme – c’est autre chose : à mains nues, rien ne semble pou­voir affec­ter sa liber­té de mou­ve­ment au-des­sus de la scène.
Des­sous, dans le cos­tume ordi­naire de la Nasa des années soixante – che­mise blanche, sty­los agra­fés, cra­vate, pan­ta­lons et sou­liers ver­nis noirs – le Flight Direc­tor éta­blit la com­mu­ni­ca­tion entre ses syn­thé­ti­seurs et la femme, là-haut, si puis­sante et si fra­gile dans les lumières d’aurore boréale.
Le ver­tige a ceci de fas­ci­nant qu’il modi­fie nos per­cep­tions : le son, les lumières, le déploie­ment du corps de l’astronaute au-des­sus de la scène sont en ce sens ver­ti­gi­neux.

Thierry Balasse Cosmos 1969 © PATRICK BERGER
Thier­ry Balasse
One small step for man, one giant leap for mankind”
(Neil Armstrong, 20 juillet 1969)

Spec­tacle-concert pour musi­ciens, artiste en sus­pen­sion et émo­tions immer­sives, Cos­mos 1969 pro­pose une évo­ca­tion poé­tique de la mis­sion Apol­lo XI.
Sans réfé­rence expli­cite, ni récit docu­men­taire, ni vidéo d’époque : à cha­cun de construire ses propres images men­tales d’un moment qui fait aujourd’hui par­tie de l’histoire de l’humanité.
Dans une pro­gres­sion musi­cale rigou­reu­se­ment construite, du compte à rebours ini­tial au retour sur Terre, au retour sur mer ; ani­mée par les deux syn­thé­ti­seurs qui ont révo­lu­tion­né la pop (EMS VCS3 et Mini­moog) et jouée live par les six musi­ciens et chan­teuses.
La bande-son de ces années-là (Pink Floyd, David Bowie, King Crim­son, les Beatles) intègre un mor­ceau de Pur­cell et une com­po­si­tion élec­troa­cous­tique de Thier­ry Balasse.

Cantique quantique
(Quanta Canta, Thierry Balasse)

Quan­ta Can­ta, la com­po­si­tion ori­gi­nale pour syn­thé­ti­seurs et sys­tème de spa­tia­li­sa­tion, repose sur des conver­sa­tions entre Thier­ry Balasse et des phy­si­ciens à pro­pos de la matière et des ondes… Mais on peut oublier cela pour s’immerger dans le défer­le­ment des matières et des pul­sa­tions sonores qui trans­forment la salle en accé­lé­ra­teur de par­ti­cules et nous pro­pulsent à tra­vers les tex­tures lumi­neuses de l’espace. Sou­dain, une voix juvé­nile affû­tée comme un laser chante O Soli­tude de Pur­cell. Assise sur sa ligne, dans l’inquiétude du vide et les sou­ve­nirs d’enfance, l’astronaute res­semble à un Pier­rot lunaire.

Cosmos 1969 © PATRICK BERGER
Élise Blan­chard, Éric Gro­leau, Éric Loh­rer
Yes I fear tomorrow, I’ll be crying”
(Epitaph, King Crimson)

Les mor­ceaux réin­ter­pré­tés sur scène appar­tiennent à la légende de la pop music, en orbite autour de l’année 1969. Ils rythment chaque étape de la mis­sion.

Set the Control for the Heart of the Sun (Pink Floyd) : pré­pa­ra­tifs
Space Oddi­ty (David Bowie) : décol­lage
— Astro­no­my Domine (Pink Floyd) : vol spa­tial
— Echoes (Pink Floyd) : alu­nis­sage et pre­mier pas sur la Lune
— Epi­taph (King Crim­son) : retour vers la Terre
— Because (Beatles) : amer­ris­sage

Ce ne sont pas des reprises mais une intense expé­rience de jouis­sance sonore par­ta­gée par les musi­ciens et les chan­teuses – parce que oui, comme l’astronaute, les voix sont femmes. On n’avait jamais enten­du ces musiques-ci jouées comme ça ! Enri­chies de strates vir­tuoses, gor­gées de saveurs, de sel et par­fois de larmes.
Cos­mos 1969, voyage sonore dans nos mémoires intimes, tra­verse tout le spectre des émo­tions. C’est un che­min qui emmène Arm­strong de l’aventure au dan­ger, de l’accomplissement à la nos­tal­gie : c’est le par­cours pro­fon­dé­ment humain qui nous conduit de l’avenir au pas­sé.
Quand le voyage s’achèvera sur les trois voix nues chan­tant la beau­té d’un monde vu autre­ment, com­bien d’entre nous auront les yeux mouillés ?

Because the sky is blue, it makes me cry…”
(Because, The Beatles)
Chloé Moglia Cosmos 1969 © PATRICK BERGER
Chloé Moglia

Musique ori­gi­nale : Thier­ry Balasse
Musique mémo­rielle : Pink Floyd + The Beatles + David Bowie + King Crim­son
Scé­no­gra­phie et lumières : Yves Godin
Écri­ture aérienne : Chloé Moglia

Courbe sus­pen­due : Chloé Moglia / Fan­ny Aus­try
Chant : Éli­sa­beth Gil­ly
Basse et chant : Élise Blan­chard
Bat­te­rie : Éric Gro­leau
Gui­tare : Éric Loh­rer
Syn­thé­ti­seurs, pia­no élec­trique et chant : Cécile Mai­son­haute
Syn­thé­ti­seurs et élec­troa­cous­tique : Thier­ry Balasse

Créa­tion à la Mai­son de la musique de Nan­terre en jan­vier 2018
Pho­tos © Patrick Ber­ger