Voyage de l’écoute : The Waves


Pro­gramme du concert autour du rap­port à la nature :
Heinz Hol­li­ger, t(air)e, pour flûte solo. Béla Bartók, Musiques noc­turnes, pour pia­no. Gyor­gy Kur­tag, Hom­mage à Schu­mann, pour cla­ri­nette, alto et pia­no. Robert Schu­mann, Mär­che­nerzäh­lun­gen, pour cla­ri­nette, alto et pia­no. Flo­rence Baschet, The Waves, créa­tion pour voix, flûte, cla­ri­nette, pia­no, vio­lon, alto, vio­lon­celle et élec­tro­nique. Johannes Brahms, Inter­mez­zi, pour pia­no.


Vaga­bon­dages de Schu­bert, errances de Schu­mann, pas­sions apai­sées de Brahms : le roman­tisme musi­cal pra­ti­quait l’art d’être soi en com­mu­nion ou en souf­france avec la nature. Le che­min n’a pas été per­du depuis.

D’autant que, plus nos bru­ta­li­tés indus­trielles asser­vissent la nature, moins le rap­port des forces spi­ri­tuelles est en notre faveur. On enten­dra donc, à mesure de ce voyage d’hier à aujourd’hui – qui est tout autant un pay­sage de l’écoute –, de moins en moins de mâles cer­ti­tudes, et de plus en plus de nuits aux pers­pec­tives indé­cises.

Jeu de souffles et de silences, t(air)e, de Heinz Hol­li­ger, invoque la nature d’avant, la flûte ins­tru­ment pre­mier à l’orée de l’homme, la matière du son et l’intensité du corps. Bruis­se­ment, mur­mures, cri des ombres, les Musiques noc­turnes de Béla Bartók relèvent le drap de la nuit sur un temps sus­pen­du et les loin­taines pul­sa­tions du vivant. L’Hom­mage à R. Sch(umann) de Györ­gi Kurtág, rôde dans la même nuit. Infi­ni­ment fra­gile, c’est un miracle du presque rien où battent des ten­sions comme pour mar­quer, mais à peine, que s’il y a quelque chose de durable ici, c’est le dehors et que notre dedans fini­ra par s’y dis­soudre.

© MARCO DELOGU
Flo­rence Baschet

Au centre du pro­gramme, The Waves – la créa­tion de Flo­rence Baschet autour du pro­logue des Vagues de Vir­gi­nia Woolf – a quelque chose de la poé­sie zen : elle donne à entendre le vide. La sépa­ra­tion infi­ni­ment lente de la nuit et du jour sur la mer, le déchi­re­ment inter­mi­nable du ciel et des eaux dans la lueur d’un pre­mier matin : la nature tien­drait toute entière dans ce chant de femme.


Bro­chure TM+ sai­son 2014–2015.