Salon littéraire

Comment vous racontez la partie

Cela pour­rait être vain : un ren­dez-vous lit­té­raire dans une salle poly­va­lente au fin fond de nulle part, où l’écrivain vedette – secrète et atta­chante Zabou Breit­man – est invi­tée par l’animateur de média­thèque mal­adroit et creux – Romain Cot­tard qui n’est ni l’un ni l’autre – à s’entretenir en public avec la cri­tique lit­té­raire odieuse et pédante – for­mi­dable Domi­nique Rey­mond qui fini­rait par faire croire qu’elle l’est vrai­ment – à pro­pos de son der­nier livre. En atten­dant la ren­contre avec le maire, tru­cu­lent poli­tique à la langue de bois fleu­rie – André Mar­con, tru­cu­lent comé­dien au verbe de même.

Com­ment vous racon­tez la par­tie pour­rait être une pièce cruelle, elle l’est un peu d’ailleurs, entre piques, non-dits, crises exis­ten­tielles, jalou­sies, egos bour­sou­flés à mesure que s’effilochent les amours. Elle aurait pu être déses­pé­rante… Yas­mi­na Reza trans­met tout cela – et beau­coup d’autres choses : de la nos­tal­gie sourde, des rêves qui se méritent, des faux-sem­blants, un regard lucide sur la créa­tion, ceux qui en vivent, ceux qui en rêvent, ceux qui vou­draient bien. Et par la grâce du qua­tuor d’acteurs et d’une seconde par­tie revi­go­rante de drô­le­rie, de vie et de sen­si­bi­li­té, c’est éga­le­ment, une fois les conven­tions diluées dans le vin d’honneur, une ode dis­crète au genre humain contre lequel, tout compte fait, il n’y a peut-être pas de quoi se fâcher.


Paru dans HDS.mag n° 38, novembre-décembre 2014.