Les tableaux de chasse de Claire Diterzi

© ANTOINE LE GRANDIncisive et tonique, Claire Diterzi a composé son spectacle Tableaux de chasse autour de onze œuvres d’art. De Fragonard à Turner, Claudel à Rodin, Toulouse-Lautrec à Allen Jones, comment raconter en chansons et en images des histoires d’amour, de couples et de corps.

 

 

Elle a com­men­cé ado­les­cente rebelle dans le groupe alter­na­tif For­guette Mi Note. En solo, elle n’est jamais seule, mul­ti­pliant les ren­contres et les défis. Musiques de scène, tra­vail au long cours avec la troupe de Decou­flé : « Suivre les mou­ve­ments des dan­seurs, c’est comme jouer avec des musi­ciens silen­cieux » ; bande ori­gi­nale du film Requiem for Billy the Kid d’Anne Fein­sil­ber : « J’ai pen­sé baroque, viole de gambe, chœurs fan­tômes, voyage dans le temps ». Après le très sen­suel album Boucle ou la musique de l’exposition Femmes du monde de Titouan Lama­zou, voi­ci l’aventure, intime et pleine de souffle, de ces Tableaux de chasse1

 Travailler à partir d’œuvres d’art ?

Asseoir mes chan­sons sur une pein­ture, une sculp­ture, me nour­rit plus que l’imaginaire pur. Il y a des per­son­nages qui me racontent des his­toires. Aujourd’hui, les gens regardent trop la télé, écoutent trop une cer­taine FM : l’image que ces médias-là donnent de mon métier me déses­père… Tra­vailler autour de l’art, c’est aus­si une façon de dire : l’émotion, je la trouve dans les musées, je m’y sens plus à l’aise que devant la Star Aca­de­my !

 Les couleurs du spectacle ?

C’est un concert très influen­cé par le théâtre et la danse contem­po­raine. Avec de la vidéo et des ambiances dif­fé­rentes. Parce que j’aime bien les contrastes. Sur scène je peux pas­ser d’une chan­son, seule, sans micro, à un truc tech­no hard­core avec douze mil­lions de watts de lumière et cin­quante mille déci­bels ! Ça secoue les gens, comme dans un scé­na­rio de film, aller du triste au joyeux, de la scène de sen­sua­li­té au plan des­crip­tif.

 L’humour ?

Bien sûr, mais pas tout le temps. Je peux être très comé­dienne, m’amuser à pro­pos du jeu­nisme ambiant ou des bim­bos des clips de RnB. Mais je n’aime pas les gens qui s’abritent tou­jours der­rière des choses drôles. C’est aus­si cela, les contrastes. Pas­ser du rire à des chan­sons poi­gnantes où il faut prendre des risques. Comme Zubrows­ka, super triste, super lente, une chan­son sur fond de Tur­ner, une his­toire d’amour qui n’a jamais eu lieu, quelque chose de fan­to­ma­tique, presque sous-marin…

© NAÏVE/ANTOINE LE GRANDIls sont six sur le pla­teau, et Claire Diter­zi a pour une fois confié sa gui­tare à une autre : « Je suis libé­rée, je peux me bala­der, dan­ser… je m’éclate ! Le vrai tra­vail de mise en scène est là et c’est jubi­la­toire ! » Comme sa voix, scin­tillante, enchâs­sée par celle de deux cho­ristes dont les cou­leurs font par­fois pen­ser à la véhé­mence du Mys­tère des voix bul­gares ou des Nou­velles poly­pho­nies Corses. Une voix qui est comme un fruit, chan­geant selon les sai­sons, citron vert, rai­sin mus­cat ou pêche-abri­cot. On ne risque pas d’oublier ce spec­tacle : il y a de l’enchanteresse chez cette femme-là.


 Paru dans 92 Express n° 171, prin­temps 2008.


  1. Tableaux de chasse, spec­tacle et album Naïve, février 2008